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FAQ - Questions fréquemment posées

 

 

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Sismicité Haut

 

Où se produisent les séismes les plus importants ?

Les séismes de plus forte magnitude se produisent surtout aux frontières des grandes plaques tectoniques notamment sur le pourtour du Pacifique ou zone circum-pacifique. Le plus fort séisme du XXe siècle fut celui du Chili en 1960, dont la magnitude est estimée à 9,5.
Une autre zone de forte activité sismique, est le domaine intracontinental s'étendant de la Grèce au sud-est de l'Asie (Turquie, Iran, Afganistan, Chine, Mongolie) où les séismes superficiels (foyer à moins de 30 km de profondeur) peuvent atteindre une magnitude supérieure à 7, voire 8 ou plus.

Les phénomènes sismiques sont-ils plus fréquents à certaines époques et moins fréquents à d'autres ?

A l'échelle de toute la Terre, on n'a jamais réussi à prouver l'existence de périodes d'activité sismique plus intenses que d'autres. En revanche, à l'échelle d'une région, il semble maintenant établi que certaines zones de failles connaissent des périodes d'activité avec des séismes importants pendant quelques dizaines d'années ou quelques siècles et des périodes calmes durant plusieurs siècles - voire plusieurs millénaires. Cette question est actuellement l'objet de recherches très actives dans plusieurs laboratoires associant études géophysiques et géologiques.

J'aimerais avoir une liste de tous les tremblements de terre répertoriés, avec les statistiques connues sur leur étendue et les pertes humaines.

Il n'est pas facile de se procurer une liste de séismes dans l'édition française. L'encyclopédie "Quid" donne une liste assez longue. L'information n'y est pas triée et il y a un très grand nombre de séismes répertoriés, petits et gros. Quelques références en français :

  • Les tremblements de terre (Bruce Bolt traduit en français par Michel Cara), édition pour la Science 1982, épuisé (original anglais "earthquake a primer" Freeman, réédité).
  • Les tremblements de terre par R. Madariaga et G. Perrier, 1991, Presses du CNRS avec une liste des séismes ayant fait plus de 10000 morts dans l'histoire.
  • Séismes historiques en Europe, 1991, publié par la Compagnie Suisse de Réassurance 50/60 Mythenquai, B.P., CH-8022 Zurich.
  • Les tremblements de terre en France, édition du BRGM, sous la direction de J. Lambert (une liste pour la France).

Est-il exact que le tremblement de terre de Lisbonne en 1755 a été ressenti sur 6 millions de km2 ?

Lisbonne (1er novembre 1755), fut un séisme majeur comme il s'en produit quelques dizaines par siècle dans le monde. Ce séisme aurait couté la vie à 70000 personnes. Il a provoqué un tsunami et un incendie. Il a été "perçu" à très grande distance, provoquant de légères oscillations dans des lacs jusqu'en Finlande.

Y-a-t-il des déclenchements artificiels de séisme ? Et si oui, quelles en sont les causes ?

On peut classer les séismes selon deux grandes catégories : l'origine naturelle ou l'origine artificielle des secousses sismiques. La plupart des séismes d'origine naturelle sont dus à des mouvements tectoniques qui correspondent à des ruptures de roches dans les zones de faille. Les autres séismes d'origine naturelle sont liés à l'activité volcanique.
Les séismes d'origine artificielle sont liés à des causes variées : explosions souterraines ou en surface, affaissements brutales de cavités, injections ou extractions de fluides dans le sous-sol profond.
Les activités humaines susceptibles de provoquer des séismes artificiels sont ainsi nombreuses. On peut citer par exemple : la mise en eau d'un grand barrage, l'exploitation de gisement de gaz naturel ou de champs pétroliers, l'exploitation de réservoirs géothermiques, les tirs de mines et de carrières, les essais nucléaires souterrains, les effondrements miniers (mines en exploitation ou dans d'anciennes mines).
Exceptés les tirs nucléaires souterrains dont les plus importants ont atteint la magnitude 6, les séismes artificiels sont généralement de magnitude faible ou modérée. Ils ne dépassent qu'exceptionnellement la magnitude 4.

Une guerre, comme celle qui a lieu en Irak, peut-elle, par ses bombardements réguliers (bombe à double perforation, tremblement du sol en profondeur, ...), provoquer à plus ou moins court terme un séisme ?

Il n'y a jamais eu de lien établi entre explosion d'origine militaire ou civile - aussi puissante soit elle (même pour des explosions nucléaires souterraines) - et le déclenchement d'un mouvement brusque d'une faille géologique qui provoquerait un séisme tectonique.

 


Sismologie Haut

 

À quelle profondeur se produisent les séismes ?

La majorité des séismes destructeurs se produisent dans la croûte terrestre à moins de 15-20 km de profondeur. Les séismes plus profonds sont localisés dans des zones étroites, bien connues. Ils peuvent provoquer des dégâts s'ils sont de forte magnitude (exemple : région de Vrancea en Roumanie).
On trie conventionnellement les séismes en trois classes suivant la profondeur de leur foyer :

  • les séismes superficiels : 0 - 33 km
  • les séismes intermédiaires : 33 - 70 km
  • les séismes profonds : 70 et + , les hypocentres peuvent atteindre 600 km dans certaines zones de subduction (îles Fidji, Colombie).

Pourquoi les séismes ne peuvent-ils plus se produire au-delà de 700 km de profondeur ?

Les séismes résultent d'une rupture dans la croûte terrestre, pour l'essentiel dans les 20 premiers kilomètres. Les matériaux doivent être cassants.
Dans les zones de subduction, la lithosphère et donc la croûte cassante d'une plaque s'enfonce sous une autre plaque. Les plaques descendent alors dans le manteau, jusqu'à au moins 700 km pour certaines, plus profondément même pense-t-on maintenant. La température et la pression augmentent avec la profondeur. On sait que vers 700 km, ces conditions de température et de pression induisent des changements importants dans les minéraux du manteau. On parle de changements de phase et c'est la limite entre le manteau supérieur et le manteau inférieur. On voit cette limite avec les ondes sismiques. De plus on pense qu'avec ces conditions de pression et de température, plus aucun matériau ne peut être cassant. Ce qui explique que les séismes soient observés uniquement jusqu'à ces profondeurs.

Quelle est la durée d'un séisme ?

La durée des vibrations sismiques ressentie par les personnes dépend de deux facteurs :

  • la durée d'émission des ondes sismiques par le rejeux de la faille tectonique (en gros longueur de la faille divisée par la vitesse de propagation de la rupture qui est environ de 3 km seconde) ;
  • la durée liée d'une part à l'étalement des arrivées d'ondes sismiques s'étant propagées à des vitesses différentes (ondes P rapides, ondes S plus lentes, ondes de surface encore plus lentes) et d'autre part aux phénomènes de résonance des couches géologiques et des sols situés sous le lieu d'observation qui allongent la durée des vibrations (dans les bassins alluviaux par exemple).

Pour les très gros séismes (e.g. >7), la première durée peut devenir importante et son effet se combine avec l'effet de la propagation. Pour les petits séismes, la durée des ondes sismiques à la source est très brève. L'effet d'allongement de la vibration vient de la propagation des ondes sismiques et éventuellement de phénomènes de résonance locale.

Qui a trouvé la relation linéaire entre E (Energie) et M (Magnitude) ?

La magnitude est une mesure de l'énergie rayonnée à la source du séisme sous forme d'ondes sismiques. C'est Richter qui a proposé la relation entre le logarithme décimal de cette énergie E et la magnitude M. Si E est exprimée en Joule : log E = 1.5 M + 4.8
L'énergie E est une quantité intrinsèque au séisme et devrait être indépendante de la façon dont les sismologues l'estiment à distance à partir des sismogrammes dont ils disposent. A l'époque de Richter, les sismographes étaient à très faible bande passante et ne permettaient pas d'analyser le signal comme aujourd'hui. Pour cette raison, suivant les sismographes et le type d'ondes sismiques utilisées, plusieurs magnitudes ont été définies après Richter.
L'énergie totale mise en jeux lors d'un séisme est bien supérieure à l'énergie sismique E rayonnée. Une grande partie de l'énergie passe en effet dans la fracturation des roches et est convertie en chaleur au niveau de la zone de faille. Le "rendement énergétique" d'un séisme est faible et difficile à estimer.

Quel est le domaine de validité de la relation de Richter M = log A - log A0 ?
Pour les autres façons de calculer la magnitude (par exemple pour un séisme profond où il y a peu d'ondes de surface), comment a-t-on pu raccorder les valeurs de M avec l'échelle de Richter et avec l'énergie ? Je trouve dans toutes les doc que c'est empirique mais cela ne m'aide pas beaucoup.


La magnitude de Richter (ou magnitude locale notée ML) a été initialement définie pour des séismes locaux en Californie.

  • Magnitude de Richter ML :
    ML = log A(d) - log A0(d) (d = distance épicentrale)
    définie par C. Richter en 1935
    Elle est calculée sur des sismomètres Wood-Anderson sensibles aux mouvements horizontaux du sol (période propre = 0.8s, amortissement = 0.8)
    A = amplitude maximale en mm (à la distance d) mesurée sur le sismogramme, A0 = amplitude maximale du séisme de magnitude 0 à la distance d.
    ML=0 : correspond à la mesure d'une amplification de 1 micron, sur un sismomètre W-A, à 100 km de distance.
    Applicable à d'autres sismomètres et des distances quelconques (corrections, abaques).
    Cette formule et ses dérivées est en outre souvent appliquée à des sismographes sensibles aux mouvements verticaux, ce qui n'était pas le cas du sismomètre de Wood-Anderson.

A partir de cette définition initiale, plusieurs autres magnitudes ont été définies :

  • Magnitude de surface Ms :
    Ms = log A(d) - log A0(d) (proposée par Gutenberg & Richter par extension de ML pour utiliser les sismogrammes enregistrés à grande distance de l'épicentre du séisme)
    A = amplitude maximale du mouvement du sol en microns observée sur une onde de Rayleigh (onde de surface) pour une période T=20s.
    A0(d), d étant la distance épicentrale, est une table construite de façon à raccorder Ms à ML pour des séismes de magnitude de l'ordre de 5 à 6 bien enregistrés à grande distance et pour lesquels la magnitude ML peut être bien déterminée. La magnitude M s'applique bien aux téléséismes superficiels aux distances épicentrales situées entre 2500 km et 10000 km.
  • Magnitude large-bande dite de "Prague" :
    M = log (A/T) + 1.66 log (d) + 3.3
    Cette magnitude est une extension de la formule de magnitude d'ondes de surface Ms. Elle a été définie pour pouvoir utiliser des ondes sismiques de période T différentes de 20 s. La distance épicentrale "d" ici est exprimée en degrés (1° = 111km).
  • Magnitude de volume mb :
    mb = log (A/T) + Q (d, h) (formule dite de "Gutenberg")
    A = amplitude du mouvement du sol en microns observée sur la composante verticale de l'onde P (sismomètre T0 = 1s), Q est une fonction de calibration fonction de h et d (ajustée de telle sorte que mb = MS pour les séismes superficiels).
    S'applique à tous les séismes qu'ils soient superficiels intermédiaires ou profonds. Toutefois, pour les séismes de magnitude supérieure à 7 cette magnitude est inadaptée et "sature". Les ondes P sont en effet de trop courte période pour que leur amplitude seule puisse contenir toute l'information sur l'étendue de la source sismique. Ms ou M "Prague" défini plus haut est préférable.
  • Magnitude de durée MD :
    MD = a + b log (t) + c log (t2) + d.
    t est la durée du signal mesurée depuis l'arrivée de l'onde P jusqu'à l'instant où l'amplitude retrouve le niveau de bruit de fond ; a, b, c et d sont des constantes déterminées à chaque station.
    C'est une échelle qui permet de calculer la magnitude locale d'un séisme même lorsque le sismogramme est "saturé" (fréquent avec les sismomètres très sensibles, l'amplitude du signal étant supérieure à la plage d'enregistrement). Cette formule, très robuste, s'applique aux petits séismes locaux (M < 4.5) et d < 200 km.

Le problème est que les échelles ML, MD, mb et Ms et M saturent malgrés tout pour les gros séismes car elles ne sont pas représentatives de l'ensemble du spectre des fréquences sismiques. La théorie concernant la radiation des ondes sismiques est, depuis la fin des années 60, bien établie. Le paramètre qui caractérise le mieux la radiation des ondes sismiques est le Moment sismique M0 qui est le produit de la rigidité des roches encaissant la faille tectonique par l'amplitude du glissement sur la faille par l'aire de la surface de faille qui joue lors du séisme. Ce paramètre défini par Aki dans les années 60 est directement lié à l'amplitude des ondes sismiques émises lors d'un séisme et à l'énergie de leur rayonnement E. Il n'était pas connu à l'époque de Richter et de Gutenberg (1935 pour la définition de la première magnitude). Afin de faire le lien avec la magnitude de Richter, deux nouvelles magnitudes ont été définies dans les années 70-80 pour les gros séismes (M>7) :

  • Magnitude d'énergie Mw (Kanamori, 1977).
    Cette magnitude, calée sur la relation entre moment sismique M0 et magnitude d'ondes de surface Ms entre 6 et 7, est basée sur le calcul de l'amplitude de la partie basse fréquence du spectre de Fourier de la totalité du signal sismique émis par les séismes. La relation entre Mw et M0 est Mw = 2/3 log (M0)-6.0
  • Magnitude de manteau Mm (Okal & Talandier, 1989).
    C'est une magnitude construite sur les mêmes principes que Mw mais où le facteur 2/3 est remplacé par 1, le calage avec le moment sismique en est simplifié. Des tables de correction ont été déterminées pour faciliter la mise en oeuvre.
    Mm = log X(w) + CD + CS + C0
    X(w) est l'amplitude spectrale de l'onde de Rayleigh à la pulsation w (et à une distance d), CD est une correction de distance, CS est une correction de source, C0 est une constante choisie de façon à ce que Mm=Mw pour Mw=8.

En pratique, actuellement comment fait un chercheur dans un labo pour donner la valeur de M ?

C'est la bonne question ! Il calibre son instrument et utilise des abaques, autrefois en papier et maintenant informatisées.
Pour des séismes locaux, il calcule une magnitude ML en se mettant dans les bonnes conditions (déconvolution de son capteur, reconvolution avec la fonction de transfert d'un WA).
Pour les téléséismes, il utilise plutôt la magnitude de surface, ou plutôt son extension connue sous le nom de "formule de Prague". Si le séisme est profond, ce sont généralement des magnitudes d'onde de volume mb qu'il faut utiliser. Les magnitudes liées au moment sismique nécessitent des traitements informatiques plus lourds et ne sont pas utilisées en urgence lors des premières analyses de sismogrammes.

Qu'elles sont les vitesses atteintes par les ondes sismiques et les tsunamis ?

Un seisme génère des ondes sismiques qui se propagent a quelques kilomètres par seconde: par exemple, 6km/s pour les ondes P près de la surface, 14 km/s quand elles arrivent près du noyau à 2900 km de profondeur.
Il faut environ 12 minutes pour que l'onde la plus rapide generée par un seisme au Japon, soit enregistrée en France. Ce sont des vitesses très rapides, 6 km/s c'est 21600 km/h !

Par comparaison, un avion de ligne se déplace à environ 900 km/h ; le son se propage à environ 300 m/s soit 1080 km/h ; la vitesse de la lumière est de 300 000 km/s soit 1 080 000 km/h.

Le seisme est le résultat d'une rupture sur une faille. La vitesse de cette rupture est également rapide : 3 km/s, c'est à dire 10 800 km/h.
Quand la faille est longue, cela represente un temps de rupture non négligeable. La rupture du séisme du 26 décembre 2004 en Asie du sud est (magnitude 9) a duré environ 200 secondes pour une faille de 600 km de long.
Mais quand un film catastrophe présente une faille qui se propage, c'est de la fiction. A l'échelle de la vision humaine, la rupture est instantannée.

Par ailleurs, la vitesse des tsunamis dépends elle, de la profondeur h de l'océan. V= sqrt(gh)
Si la vitesse est grande (700 à 800 km/h) dans les grands bassins océaniques avec 4 ou 5 km d'eau, elle diminue par contre fortement près des côtes: h=40m donne 20m/s soit 72 km/h. Le flux d'énergie étant conservé l'amplitude du tsunami augmente quand la vitesse diminue.

Est-il vrai que les sols meubles filtrent les hautes fréquences et laissent passer les basses fréquences et que les sols "durs" font exactement l'inverse ?

l y a 2 phénomènes:
- les sols "mous" absorbent plus les hautes fréquences que les basses fréquences (faible facteur de qualité),
- les couches superficielles "molles" sont des résonnateurs qui piègent les ondes sismiques et se comportent comme un résonnateur équivalent d'un filtre passe-bande amplifiant les ondes à la fréquence de résonnance (en general une "basse fréquence" du spectre sismique quand on compare au site au rocher).

 


Prédictions Haut

 

Peut-on prédire les séismes ? Lors des derniers événements, je m'étonne qu'il n'y ait pas eu de prévision pour mettre les personnes à l'abris.

Depuis plus d'un siècle les sismologues essaient de mettre au point des méthodes permettant de prévoir les séismes. Ils cherchent plus précisément à prévoir :

  • le lieu où une catastrophe peut se produire
  • l'instant où elle se produira.

L'histoire de la prévision des séismes est jalonnée d'espoirs et d'échecs. Précisons d'abord que les questions "où ?" et "quand ?" même si indissociables, sont bien différentes.

Où ?
Les séismes destructeurs sont presque tous causés par la rupture des roches près d'une faille géologique sous l'effet des forces qui font dériver les continents et construisent les chaînes de montagnes. De nombreux groupes de chercheurs étudient les régions où de telles failles ont provoquées des séismes dans le passé. Là où les séismes sont fréquents, comme en Turquie, les lieux probables des futurs grands séismes sont assez bien identifiés. Dans les régions où les séismes sont plus rares, et généralement plus faibles, comme le séisme de Lambesc dans le Sud de la France en 1909 ou le séisme de Bâle en 1356, il est beaucoup plus difficile de savoir à l'avance où ils se produiront. Les signes géologiques visibles en surface sont alors peu évidents et les témoignages dans l'histoire de l'Homme portent sur une durée généralement trop courte sur un site donné. En ayant recours à des études statistiques qui englobent des régions plus où moins vastes, on peut retrouver quelques certitudes et dire qu'un séisme destructeur y est probable à l'échelle de 100 ans ou de 1000 ans.

Quand ?
Répondre à cette question est beaucoup plus difficile. Ceux qui la posent, attendent en général une réponse précise : ou bien l'on souhaite savoir quelques jours - ou quelques semaines - à l'avance, le moment et l'endroit où un fort séisme se produira ; ou bien l'on souhaite au minimum savoir quelle localité risque d'être touchée à l'échéance de quelques années. Il est malheureusement impossible (dans l'état actuel des connaissances) de répondre à la première question et très difficile de répondre à la deuxième. On peut tout au plus, dans les régions géologiquement très actives, annoncer qu'il y a un fort risque de séisme dans une zone déterminée à l'échelle des quelques décennies à venir. De telles prévisions sont faites pour des mégapoles comme Tokyo, Los Angeles, Istanbul ...

Pourquoi ne peut-on pas prévoir l'imminence d'un séisme majeur ?

Pour le comprendre il faut savoir que la cause d'un séisme comme celui-ci est la rupture des roches sur ou à proximité d'une faille géologiquement active. Le point initial de rupture se situe le plus souvent vers 10 ou 15 km de profondeur. Une fois la faille mise en mouvement à partir de ce point initial, la rupture s'étend sur une zone recouvrant un ou plusieurs segments de failles. Elle atteint la surface du sol pour les gros séismes. L'étendue de la zone de faille qui "casse", est directement liée à la magnitude de Richter. Le nombre de victimes et les dégâts dépendent de nombreux autres facteurs que l'on classe sous le terme de "vulnérabilité". La vulnérabilité dépend des propriétés du proche sous-sol qui peut amplifier les vibrations sismiques, de la qualité des constructions, qui est le facteur dominant, et enfin des conditions locales qui dépendent notamment de l'heure où le séisme se produit. Quand à la cause première du séisme, la rupture des roches en un point profond de la croûte terrestre, celle-ci est inaccessible à l'investigation directe, et les méthodes géophysiques actuelles restent très pauvres pour identifier les signes prémonitoires d'une telle rupture.

Tous les espoirs fondés sur l'enregistrement de courants électriques telluriques en surface pouvant renseigner sur l'évolution de la zone initiale de rupture (méthode VAN), sur l'étude des variations des temps de parcours des ondes sismiques où sur l'écoute de petits chocs sismiques précurseurs (comme on le fait dans les mines pour prévenir des coups de toits), se sont traduits par des échecs.
L'écran que constitue la dizaine de kilomètres de roche entre le lieu où les phénomènes se déroulent, et la surface du sol est une des raisons majeures des difficultés rencontrées.
Pour montrer l'ancienneté des recherches sur les méthodes de prévision des séismes, citons Harry Reid (1910). Harry Reid est l'auteur de la théorie du "rebond élastique" qui est depuis le séisme de San Francisco de 1906 le concept retenu par les géophysiciens pour expliquer les séismes tectoniques. Cette théorie a été mise au point à partir des observations géodésiques faites autour de la faille de San Andreas avant et après le séisme de 1906 : "Comme les déformations précèdent toujours la rupture et comme ces déformations sont assez grandes pour pouvoir être détectées avant que la rupture se produise, il suffit de trouver une méthode pour déterminer l'existence de ces déformations pour prévoir les séismes tectoniques ; et la rupture se produira en général au voisinage de la ligne où la déformation est maximale ou le long d'une ancienne faille où la résistance des roches est la plus faible".
Les méthodes de géodésie par satellite (GPS) ou l'imagerie radar par satellite (SARS) sont les méthodes les plus récentes appliquées par les chercheurs dans l'esprit de ce que Harry Reid écrivait en 1910 !

Voir aussi "Les méthodes de prédiction" dans les documents pédagogiques de l'EOST.

Pensez-vous comme le disait Haroun Tazieff que la méthode VAN mise au point en Grèce est efficace à 90% ?

Cette "méthode" n'est absolument pas validée, elle rejoint de nombreuses autres méthodes qui ont suscité espoirs et déceptions au cours de ce siècle pour prévoir le jour et le lieu d'un séisme.

La vague d'opposition concernant cette méthode (en 89) est-elle toujours d'actualité, ou s'agissait-il de mauvaise foi scientifique comme le pensait H. Tazieff ?

A l'époque, les oppositions étaient nombreuses chez les sismologues français et américains car les fondements même de la méthode scientifique n'étaient pas satisfaits :

  • répétabilité des mesures par des équipes indépendantes,
  • définition de protocoles de mesure objectifs pour détecter les anomalies observées,
  • inexistance d'un cadre théorique satisfaisant pour interpréter les anomalies observées.


Actuellement, la communauté scientifique internationale affiche une grande prudence devant les méthodes de prédiction du lieu, du jour et de la magnitude des séismes. Les recherches progressent par contre rapidement dans l'identification des zones où la probabilité est grande d'avoir un séisme majeur dans les quelques prochaines dizaines d'années (exemple : Mer de Marmara/Istanbul après les séismes des dernières années en Turquie).

 


Risque sismique Haut

 

Quels sont les séismes les plus meurtriers ?

Ce ne sont pas nécessairement les séismes de plus forte magnitude. Au dessus d'une magnitude de 5.5, tout séisme peut être meurtrier si les circonstances sont défavorables (foyer superficiel, à proximité d'un centre urbain, situé sur une formation géologique amplifiant les vibrations sismiques et présentant des bâtiments résistant mal aux séismes). Un séisme entre 5.5 et 6.5 ne provoquera toutefois que des dégâts relativement localisés, dans une zone de l'ordre de 10 à 20 km d'extension. Au delà d'une magnitude 7, des dégâts peuvent s'étendre sur plus de 100 km.

A moins que je ne me trompe, il me semble que les séismes sont de plus en plus fréquents et lourds en dégâts matériels et pertes humaines ?

Il n'y a pas d'augmentation du nombre des séismes contrairement à ce que beaucoup de personnes pensent. Le nombre de séismes localisés augmente chaque année car il y a de plus en plus de sismographes en fonctionnement dans le monde détectant des séismes de plus en plus petits. Le développement de l'information médiatisée amplifie ce phénomène. Par contre, il y a augmentation de la vulnérabilité des installations humaines, par le fait du développement démographique et de l'urbanisation (augmentation de la vulnérabilité veut dire qu'un même séisme se reproduisant au même endroit avec la même force fera aujourd'hui plus de victimes et de dégâts qu'autrefois). De nombreuses grandes métropoles sont très exposées (Los Angeles, Tokyo, Manille, Istanbul ...).

Peut-on subir en France, un séisme majeur ?

Si l'on entend par séisme majeur un séisme de magnitude 7 à 8 qui menacent plusieurs mégapoles dans le monde, c'est très peu probable. Ceci ne peut toutefois pas être totalement exclu pour un séisme de magnitude de l'ordre de 7 qui peut faire dans nos régions des dégâts considérables. Les recherches géologiques en cours visant à identifier les failles tectoniques actives susceptibles de provoquer de tels séismes permettront peut être de répondre à cette question.

 


Aléa sismique Haut

 

Quels sont les éléments géologiques indicateurs permettant de dire qu'un séisme est susceptible de se produire dans une région ?

Les critères géomorphologiques tels que les escarpements de faille récents et les reliefs jeunes permettent de repérer des failles actives. Ces failles actives sont le principal indicateur de séismes anciens. Le repérage et l'étude détaillée des séismes anciens ayant laissé une trace dans les dépôts géologiques récents (méthode de paléosismologie) permet d'estimer période de récurrence des séismes, on aboutit à des évaluations (probabilités) sur l'occurrence d'un séisme dans un futur proche. Par ailleurs, des phénomènes géologiques secondaires liés aux zones de tremblements de terre sont :

  • Les glissements de terrain ;
  • Les phénomènes de liquéfaction des sols ;
  • Les Tsunamis.

Ces phénomènes secondaires peuvent avoir laissé des traces dans les formations géologiques récentes et participent à l'étude des possibilité d'occurrence de séismes dans une région.

 


Prévention et Information Haut

 

Peut-on se protéger contre les séismes ?

Les séismes sont des phénomènes naturelles inévitables particulièrement dangereux car ils se produisent brusquement sans signe précurseur et avec des périodes de retour qui peuvent être de plusieurs siècles voir plusieurs millénaires en un lieu donné.
Les seules protections existantes sont les constructions parasismiques et des méthodes d'organisation de la société et de la cité prévoyant la possibilité de tels évènements (industries à risque, transports, réseaux de distribution de gaz et d'électricité, système de communication et d'organisation de secours d'urgence). C'est le béton et l'organisation technique avancée de nos sociétés qui tuent et non le séisme lui même.

Quel est le rôle et l'action des politiques dans le domaine de la prévention et de l'éducation au public pour le risque sismique en France ?

En matière de prévention il y a beaucoup à faire en France : cela est d'autant plus difficile que le risque est faible (un séisme potentiellement destructeur par siècle sur une vaste zone incluant les Alpes et les Pyrénées).
La réglementation existe, mais elle reste trop liée à l'observation des séismes historiques et ne peut pas encore intégrer la possibilité d'événements rares mais possibles à l'échelle de quelques milliers d'années.

Pouvez-vous m'indiquer des documents sur les règles de constructions parasismiques ?

Le BCSF aide à la mise en oeuvre des normes parasismiques au travers de la diffusion d'informations, sur les séismes se produisant actuellement et sur les résultats des recherches menées sur les séismes de manière plus générale. Il n'est cependant pas qualifié dans le domaine particulier de la construction parasismique qui relève de l'ingénierie du bâtiment. Vous trouverez sur le site de l'Association Française de génie ParaSismique (AFPS) toutes les informations spécifiques à ce domaine :

    AFPS - Association Française de Génie Parasismique
    28 rue des Saints-Pères 75343 PARIS CEDEX 07
    Tél. : 01 44 58 28 40 - Fax : 01 44 58 28 41 - Email : afps@mail.enpc.fr

 


Recherches Haut

 

Quelles sont les orientations des recherches actuelles ?

S'agissant des recherches appliquées concernant les séismes en France, les recherches les plus importantes pour la connaissance de l'aléa sismique consistent à identifier les failles tectoniques actives susceptibles de causer des séismes et les recherche associant l'analyse des évènements sismiques actuels à partir des réseaux de sismomètres (Réseau National de Surveillance Sismique RéNaSS CNRS-Universités et réseau du Laboratoire de Détection Géophysique du CEA), de réseaux de mesures géodésiques (balises GPS surtout) et de mesures de télédétection spatiale (interférométrie radar en particulier).
Les autres recherches importantes en matière de connaissance de l'aléa sismique consistent à étudier les effets d'amplification des vibrations par les formations géologiques (effets de site). Celles-ci s'appuient sur les enregistrements faits à partir des réseaux d'accéléromètres (Réseau Accélérométrique Permanent du Ministère de l'Environnement, du CNRS, du BRGM et des Universités) et des données d'enquêtes macrosismiques réalisées par le BCSF.
Dans le domaine du génie parasismique, la connaissance du comportement réel des bâtiments est évidemment fondamentale pour améliorer les codes de construction parasismiques. Chaque séisme important qui se produit dans le monde et provoquant des dégâts aux constructions fait l'objet d'étude permettant de progresser dans ce domaine. L'AFPS publie régulièrement des notes techniques relatives à ces questions.

En quoi consiste la géodésie-sismologie ?

La géodésie mesure les déformations de la croûte terrestre qui se comporte comme un milieu élastique en l'absence de séisme. Lorsque le point de rupture est atteint, il y a séisme, c'est la sismologie qui permet d'étudier ces ruptures. La comparaison géodésie-sismologie permettra en quelques années à quelques dizaines d'années (suivant l'importance des déformations) de repérer les zones susceptibles de se rompre et de provoquer des séismes.

 


Divers Haut

 

Ayant eu des dégats matériels lors d'un séisme, mon assurance ne prend en charge les réparations que si l'événement est classé catastrophe naturelle. Que dois-je faire, comment le savoir ?

Le Bureau central sismologique français ne gère pas les dossiers de demande de reconnaissance de l'état de catastrophes naturelles. C'est le rôle des Préfectures de départements.
Le rôle d'observateur scientifique que nous avons nous amène à rendre un rapport préliminaire sur les conditions de l'événement aux préfectures concernées. Celui-ci fait parti des nombreuses pièces qui composent le dossier sur cet événement permettant une prise de décision par une commission inter-ministérielle d'experts.
Votre démarche doit s'effectuer auprès de la mairie de votre commune, accompagnée d'une description des dégâts, photos, explications etc. Celle-ci la transmettra en préfecture, pour y donner suite.
Les arrêtés de reconnaissance de catastrophes naturelles sont accessibles par commune sur www.prim.net, espace citoyen.

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